Chaque année, près de 2 millions de nouveaux cas de cancer du côlon sont diagnostiqués dans le monde. D’ici à 2040, ce chiffre pourrait dépasser les 3 millions, portant le nombre de décès à 1,6 million contre 700’000 actuellement. Ce mauvais pronostic s’explique par la découverte souvent tardive de la maladie, en raison de l’absence de symptômes.
Grande variation
Son traitement, à un stade avancé, repose essentiellement sur une combinaison de chimiothérapies (Folfoxiri) qui entraîne d’importants effets secondaires et dont l’efficacité varie grandement d’un individu à l’autre. Mais, surtout, les cellules tumorales y deviennent progressivement insensibles pour finalement développer une résistance. Parvenir à enrayer ou dépasser ce phénomène constitue l’un des grands défis de la recherche en oncologie.
L’équipe de Patrycja Nowak-Sliwinska a mené plusieurs travaux sur cette problématique. Après la mise au point de médicaments (en 2022) potentiellement capables de «contourner» cette résistance, puis de tumeurs artificielles pour tester l’efficacité des traitements (en 2023), elle montre maintenant que les cellules cancéreuses devenues résistantes au Folfoxiri présentent des altérations spécifiques de certains lipides.
Les espèces de lipides modifiées qui auront été identifiées pourront servir de marqueurs pronostics potentiels pour la résistance à la chimiothérapie. En outre, comprendre ces changements peut aider à développer de nouvelles stratégies de traitement pour surmonter cette résistance et jouera peut-être un rôle crucial dans la restauration de la sensibilité aux médicaments.
Algorithme spécifique
Pour parvenir à ces résultats prometteurs, l’équipe de Patrycja Nowak-Sliwinska a étudié, en collaboration avec Serge Rudaz, professeur à la Section des sciences pharmaceutiques, quatre lignées de cellules cancéreuses provenant de quatre patient-es, chacune possédant ainsi un profil génétique différent. En laboratoire, une partie de ces cellules a été exposée au Folfoxiri durant soixante semaines, le temps nécessaire pour voir apparaître chez elles une résistance au traitement. Une autre partie de l’échantillon n’a pas été traitée. Les scientifiques ont alors, à l’aide d’une méthode et d’un algorithme spécialement mis au point, analysé et comparé le profil lipidique, ou «lipidome», des cellules cancéreuses ayant acquis une résistance à celui des cellules n’ayant reçu aucun traitement.
Ils ont ainsi réussi à démontrer dans une première lignée cellulaire que la résistance était associée à une augmentation des triglycérides et des esters de cholestérol et, dans les trois autres lignées, à une augmentation des phospholipides. Ces différences s’expliquent par les profils génétiques différents de chaque individu.
Si ces résultats ouvrent la voie à des stratégies de traitements personnalisés ou visant la restauration de la sensibilité à la chimiothérapie, ils ne sont pas encore applicables au niveau clinique. Avant de franchir cette étape, ils devront être éprouvés directement sur des échantillons de tumeurs fraîchement prélevées chez des patient-es, et non sur des lignées de cellules tumorales conservées en laboratoire.